mardi 11 janvier 2022

Le retour des permanences des Pâtes au beurre à la Maison de la Prévention santé : une bonne nouvelle pour les familles !

Une belle nouvelle pour cette année 2022  : les permanences de l'association La petite Maison Les Pâtes au beurre de Narbonne reprennent à la Maison de la Prévention Santé, 41 boulevard du Docteur Ferroul à Narbonne.

Chaque jeudi, de 17h à 19h, les familles ont à nouveau la possibilité de venir rencontrer, sans rendez-vous, des professionnels de la santé psychique pour échanger autour de leurs questionnements, de leurs doutes, dans un cadre original, souple et bienveillant. Ce dispositif essentiel accueille les parents (et toute personne en lien avec des enfants, grands-parents, membres de la famille, professionnels de la petite enfance), les accompagne dans leurs réflexions en leur proposant un cadre et une écoute pour pouvoir penser ce qui se passe au sein de la famille ou dans leur relation aux enfants. Prendre soin de la santé psychique et de la santé relationnelle dans une démarche de prévention, voilà l'objectif de cette association.

Interviewée par RCF, Monique Vivent, directrice de l'antenne de Narbonne, présente la dynamique de ce beau projet essentiel :

Monique Vivent nous ouvre les portes du relais Pâtes au beurre narbonnais

La rencontre avec Monique Vivent, lors de mon arrivée sur Narbonne et pendant la construction de mon activité de lectrice pour les tout-petits et les familles, a été d'une très grande richesse. Je cherchais à penser la place du livre, place particulière en tant qu'objet culturel, dans la relation entre les tout-petits et leur famille. J'avais expérimenté en bibliothèque la finesse et la richesse des réactions des tout-petits pendant les lectures, j'avais enrichi ces observations au cours de partenariats avec des associations de promotion de la lecture avec les tout-petits, avec leurs lectrices et lecteurs engagés. J'étais encore à la recherche d'un cadre d'échange qui prenne en compte l'aspect essentiel de développement de l'enfant et de soutien à la relation de mon activité de lectrice.

Les échanges avec Monique Vivent, et son soutien précieux pour la mise en place d'ateliers l'année dernière au sein de la Maison de la Prévention Santé, m'ont permis de formaliser le positionnement de mes ateliers : autour de ce média merveilleux qu'est le livre, ce que je souhaite proposer c'est un moment où l'on prend soin de la relation, où parents et enfants s'écoutent, se parlent, même avant les mots, partagent le plaisir des histoires pour le bien être de chacun et pour celui de la relation.

dimanche 19 décembre 2021

Centre social et Culturel Nelson Mandela 2022 - Programme des Ateliers de lectures partagées



Concours des lycéens du grand Narbonne sur l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) : les très bonnes questions des lycéens autour de la lecture avec les bébés

 

Les candidats du concours (Les associations Mouvement Musical et Culturel, Les Visites Épiques, Les Vignerons indépendants de Sigean, Couettes et baskets, 100 pour 1 toit, et moi-même) et les membres organisateurs de la Ruche associative, le 25 novembre 2021 à l'INESS.

A la rencontre des lycéens !

 Durant le mois de novembre j'ai eu le grand plaisir de participer à ce concours. Organisé par la Ruche associative, il propose à des classes de lycéens, dans le cadre de de la découverte de l'économie sociale et solidaire, de voter pour des projets de l'ESS situés sur le territoire du Grand Narbonne. En parallèle d'une présentation menée par Marie Péricard, de la Ruche associative, les lycéens rencontrent les associations et autres structures de l'ESS ayant candidaté. Lors de ces rencontres, les porteurs de projet présentent leur activité et répondent aux questions des lycéens.

J'ai eu le plaisir de rencontrer deux classes de Narbonne : une au lycée professionnel Martin Luther King et une au lycée général et technologique Docteur Lacroix. Les questions posées lors de ces rencontres ont été d'une grande richesse pour nos échanges, car elles sont directes, franches, et reflètent très justement l'état global de sensibilisation à certaines questions. Ce qu'a aussi reflété l'élection des deux lauréats du concours : l'association 100 pour 1 toit, qui accompagne les migrants, et Couettes et baskets qui répond aux besoins immédiats des personnes, principalement des familles, en grande précarité. Deux sujets très forts dans notre contexte social, qui demandent des réponses immédiates, et les lycéens ne s'y sont pas trompés. 

Prix Coup de cœur du jury lycéen

Grand prix du jury lycéen

 

Quelles questions autour de la lecture avec les bébés, et quelles réponses ?

Pourquoi lire avec les tout-petits ?

Tout d'abord cette question primordiale est apparue tout de suite : pourquoi donc lire avec les bébés ? L'idée de lire des livres avec les bébés se heurte à cette idée que comme les bébés ne parlent pas encore, ils ne comprennent pas ce qu'on leur dit. Cette question très pertinente touche à nos connaissances et à la représentation que nous avons des bébés, du petit être humain en train de grandir. Globalement, nous associons le livre à l'entrée à l'école, et à l'apparition du langage constitué. Mais comme nous avons besoin que l'on nous parle pour entrer dans le langage et dans la relation, nous avons besoin que l'on nous raconte des histoires, pour entrer dans la dimension de récit spécifique à notre condition humaine. Entre 0 et 3 ans nous ne sommes pas encore dans la dimension d'apprentissage, mais dans un cadre d'éveil. L'éveil sensibilise, accompagne, propose une expérience qui pose entre autres les (bonnes) bases des futurs apprentissages. Construire un lien affectif positif, de plaisir, entre une activité et soi-même, se fait dans le partage avec son parent. Les apprentissages sont un effort de la pensée, demandent une implication, un désir d'implication chez l'individu qui lui permette de s'y inscrire. Les activités d'éveil nourrissent cette future implication.


 Cette question renvoie à la nécessité d'intégrer à nos connaissances partagées, sociétales, les notions de psychologie du développement qui nous permettent de comprendre de quoi nous avons besoin pour grandir. Nous apprenons ce dont ont besoin les plantes, leur rapport avec leur environnement, ce dont ont besoin les animaux, de façon de plus en plus aiguë dans le contexte écologique actuel. Et nous, avec notre particularité humaine, de quoi avons nous besoin ? Comment grandissons-nous ? Le dispositif des "1000 premiers jours", proposant des information et un accompagnement pour les parents, mis en place au niveau national tout récemment, montre bien l'acuité de la question.

 

https://www.1000-premiers-jours.fr/fr


Comment lire avec les tout-petits ?

D'autres questions ont renvoyé à ces mêmes connaissances développementales : comment lit-on avec des bébés ? Une jeune fille me dit : "Mais un bébé, ça pleure, comment vous faites dans ces cas-là ?" Si un bébé pleure, c'est un besoin exprimé, qui invite l'adulte à une réaction afin d'y répondre. A-t-il faim ? A-t-il soif ? A-t-il besoin que ses parents le prennent dans leur bras pour l'apaiser ? Parfois un câlin, pour être rassuré, permet de répondre à une question non formulée, mais importante. Et la lecture peut ensuite reprendre. Ces expressions et leur dimension d'échange sont au cœur des lectures partagées, car à tout point de vue la lecture se fait avec les bébés, non pas aux bébés. Ils ont un rythme, qui se construit peu à peu, autour de leurs besoins et autour duquel bien sûr sont organisées les moments partagés. Comme chaque parent qui construit peu à peu la relation à son bébé autour de ces rythmes, autour de ces dialogues, dans la reconnaissance de ce que le bébé exprime, la lecture l'intègre et le prend en compte. 

Lectrice, mais à quoi ça sert ?

Une autre question très juste portait sur mon rôle de lectrice. Pourquoi avoir besoin de quelqu'un pour le faire ? Les parents ne peuvent-ils pas s'en charger aux-mêmes ? Bien sûr, l'idée portée est d'inviter les parents à lire avec leur tout-petit ! C'est au cœur de leur relation que s'inscrit le plaisir du moment partagé, la découverte et la connaissance en construction de son tout-petit dans ses réactions, et l’intérêt d'une pratique à faire à la maison. Mais les questions précédentes illustrent bien le besoin d'être sensibilisé, accompagné. Afin de pouvoir prendre confiance en soi, de découvrir les particularités de la lecture avec les bébés qui ne font pas partie de notre savoir commun. Lire avec les parents et les bébés, c'est leur proposer de constater, par l'expérience, que les bébés aiment les livres, et leur proposer des repères.

Mon rôle de lectrice et de médiatrice est aussi de leur proposer des repères, car ce n'est pas toujours facile de savoir quoi choisir au milieu des livres proposés. Qu'est-ce qu'un bon livre pour son bébé ? J'ai pu remarquer à chaque ateliers des questions des parents à ce sujet, un désir de pouvoir avoir des éléments et des repères pour choisir de bons livres à partager avec leurs tout-petits.

 

Oui, toutes les questions posées sont des questions si pertinentes ! Elles renvoient à la question primordiale de l'accueil des bébés et de l'accompagnement des parents dans cette aventure. Pas d'un point de vue individuel, où chacun trouve ses réponses en fonction de ses moyens, non, du point de vue d'une ambition de société.

Merci à la Ruche associative pour l'organisation de ce concours, et pour ces belles occasions de rencontre, entre candidats, et avec les lycéens. Au cours de cette expérience j'ai pu, encore une fois, constater dans l'expérience l'acuité de nos adolescents à poser les bonnes questions !


vendredi 22 octobre 2021

Retour sur un été de lectures partagées

Du festival du livre jeunesse de Montolieu aux Lectures en herbe et autres ateliers animés sur Narbonne, j'ai installé mes tapis et mes livres à de nombreux endroits cet été. Ces ateliers ont été l'occasion de nombreux moments d'échanges, de riches expressions des enfants, et de retours de parents. 

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont permis ces belles rencontres et ces beaux moments de partage : la librairie Contes et Gribouilles à Montolieu, et à Narbonne le centre social et culturel Nelson Mandela, le centre social et culturel le Forum, le café littéraire le Kornigan, le centre social de l'A.M.I., l’association des Pâtes au beurre et la Maison de la Prévention santé ! 

Expressions des enfants, paroles de parents, voici quelques uns de ces moments partagés :

Niels*, entre ses 1 et 3 mois, est venu régulièrement aux ateliers avec sa maman. Lors de la première séance, il avait alors un mois, nous avons passé un long moment de lecture, 45 minutes (!), où lové dans les bras de sa maman, Niels fixait les livres (que je tenais près de lui). Nous avons lu tiens ! de Ramona Badescu et il a été très attentif, calme, le regard posé sur les images, tout du long. A cet âge la vue des bébés est encore en train de se former, ils distinguent le noir et blanc contrasté, ils commencent à distinguer certaines couleurs et ils ont besoin que les couleurs soient proches d'eux. tiens ! est un livre aux photographies très colorées. Nous avons lu Caché ! de Corinne Dreyfuss, pendant lequel Niels* a aussi été très attentif. Ce livre propose uniquement du texte, et les lettres sont présentées comme un graphisme à part entière : taille, forme, sens, les mots sont des images pour les tout-petits qui vont peu à peu les distinguer, dans l'expérience répétée. Il a fait de grands sourire lorsque le texte dit "coucou". Nous avons beaucoup échangé avec sa maman à chaque séance. Elle était en recherche d'activités à faire avec son bébé, et elle a trouvé beaucoup de plaisir et d'apaisement à se faire lire des histoires avec son bébé, à pouvoir partager avec lui ce moment, à se plonger elle aussi dans les livres, et à pouvoir observer son tout-petit.

Corinne Dreyfuss, Caché !, Thierry Magnier, 2017.


Le petit Yanis*, 14 mois, est venu à plusieurs ateliers avec ses parents. Il était beaucoup dans le déplacement (c'est l'âge), dans les allers-retours pendant les histoires entre les livres et l'espace autour à découvrir. Je n'arrête pas la lecture dans ces cas-là, elle se poursuit et accompagne les déplacements qui reviennent à un moment vers la lecture pour repartir ensuite dans l'exploration. Lors de la lecture de Tas de riz, tas de rats tentés, riz tentant de Thierry Dedieu, Yanis vient s'installer face au grand livre, et il reste attentif pendant toute la lecture. Il sourit, il se balance dans un mouvement joyeux, et à la fin du livre il applaudit. Nous relirons le livre 4 fois, à sa demande. C'est un coup de cœur !

Thierry Dedieu, Tas de riz, tas de rats tentés, riz tentant, Le Seuil Jeunesse, 2015.



Lucie*, 3 mois, viendra à deux reprises avec sa maman. La première fois elle est lovée dans les bras de cette dernière et je leur lis à toutes les deux. Lucie* a été très calme et attentive pendant les lectures. Sa maman, fatiguée, a été ravie de pouvoir ainsi partager ce moment, de pouvoir se faire des lire des histoires avec son bébé. Un beau moment partagé ! La deuxième fois, Lucie était plus agitée, c'était le moment de s'endormir comme me l'a dit sa maman. Lucie* était installée dans la poussette, j'ai lu avec elle Pomme pomme pomme de Corinne Dreyfuss, et Lucie s'est apaisée, a souri à plusieurs reprises pendant la lecture en tournant son visage vers moi, avant de repartir avec sa maman. Les temps de lecture peuvent être très variables, selon le moment, la disponibilité de l'enfant et celles des parents. 10 minutes de lecture toutes douces !

Corinne Dreyfuss, Pomme pomme pomme, Thierry Magnier, 2015.




Carine*, 10 mois, et sa maman étaient en route pour aller au marché. Elles se sont arrêtées en prenant 10 minutes sur leur organisation pour un petit moment de lecture. Nous avons lu ensemble Haïkus d'automne : poèmes pour bébés, de Thierry Dedieu et la maman de Carine* m'a dit être surprise par son attention, qu'elle ne pensait pas que sa fille écouterait des histoires, car à la maison elles regardent surtout des imagiers. Elle m'a dit qu'elle commencerait à lui en lire, qu'elle était ravie par le moment partagé et nos échanges.

Thierry Dedieu, Haïkus d'automne : poèmes pour bébés, Le Seuil Jeunesse, 2020.


 

A la fin d'une séance, la maman de Tarik*, 3 ans, m'a dit avoir beaucoup apprécié le fait que le besoin de mouvement de son fils n'ait pas été un souci. Elle s'est senti très à l'aise, et m'a dit : "en fait il ne s'agit pas que de lectures pendant ces ateliers."

J'ai lu avec Armelle*, 2 ans, et son assistante maternelle. Elle m'apportait régulièrement des livres qu'elle choisissait, me les tendait, et s'installait près de sa nounou pour écouter les lectures. Lorsqu'elle a choisi le conte Les deux maisons, de Didier Kowarsky et Samuel Ribeyron, elle s'est installée plus près du livre. Pendant la lecture Armelle*, toujours installée, touchera d'autres livres autour d'elle, regardera parfois ailleurs, mais son regard reviendra régulièrement vers le livre et chaque fois que les fraises dessinées tout au long du récit apparaitront elles les pointera du doigt, rythmant ainsi la lecture. Son assistante maternelle me dira être surprise par cette attention à un récit plus long que ceux qu'elles lisent ensemble d'habitude, et qu'elle en parlera avec la maman d'Armelle*. Une découverte et de la transmission qui prolongeront ce moment partagé !

Didier Kowarsky et Samuel Ribeyron, Les deux maisons, Didier Jeunesse, 2018.

 


J'ai lu lors d'une séance avec Regina*, 3 ans, Pas de loup, de Jeanne Ashbé. A la séance suivante, sa maman me raconte qu'à la maison, Regina* a répèté les onomatopées du livre, en s'amusant, et qu'elle a dessiné en la reproduisant l'onomatopée bzzzzzzzzz sous la forme d'un long trait qui s'entortille, comme dans le livre, tout en la prononçant avec plaisir. Tout en ne s'y trouvant pas, le livre avait pris vie à la maison !

Jeanne Ashbé, Pas de loup, Pastel, 2008.


 

 

J'ai lu des histoires avec Laura*, 2 ans, et son papa. Nous avons beaucoup échangé avec ce dernier, sur la disponibilité visible aux lectures de sa fille. Il m'a raconté que le soir il regardait des imagiers avec elle, mais qu'il ne pensait pas qu'elle serait attentive à des histoires, qu'elle avait besoin de beaucoup bouger. Nous avons échangé autour de ce besoin de bouger pendant les histoires, que ce dernier ne marque pas un désintérêt mais est un besoin. Le papa a été rassuré par cet échange qui l'invitait à prendre confiance.

La petite Maïa*, 2 ans, est venue avec sa maman. Après une première lecture, elle a choisi d'aller jouer avec les jeux disponibles dans l'espace et j'ai continué à lire à sa maman qui pouvait la voir de là où elle était installée. Je lui ai lu Pinicho de Thierry Dedieu. Elle était ravie de se faire lire des histoires. Elle m'a dit que cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi détendue au milieu de sa course quotidienne, et que cela lui rappelait des plaisirs d'enfants !

Thierry Dedieu, Pinicho, Le Seuil Jeunesse, 2015.

 

La maman d'Imad*, 3 ans, me dit lors d'une séance qu'il est très agréable de se faire lire des histoires avec son enfant.

La maman de Lukas*, 3 ans, m'a raconté que celui-ci a raconté le livre Va t'en grand monstre vert ! de Ed Emberley, que nous avions lu parmi d'autres livres à la séance précédente, à toute sa famille, en reprenant les phrases du livre. Elle me dit que ce livre a beaucoup plu à son fils et elle me demande de lui donner les références afin de pouvoir l'avoir à la maison. Encore un coup de cœur !

Ed Emberley, Va-t'en, Grand Monstre Vert !, Kaléidoscope, 1996.


 


*Tous les prénoms des enfants ont été changés.


mardi 7 septembre 2021

"Jeudis littéraires" de septembre au Kornigan, pour les petits et pour les grands

Dans le cadre des Lectures en herbe qui continuent sur ce mois de septembre à Narbonne, j'ai le grand plaisir de démarrer des ateliers de lectures partagées, avec les 0-3 ans, au café littéraire le Kornigan, place des Quatre Fontaines à Narbonne.

 

Morgan Corne, conteuse et passionnée par les légendes, a monté son café littéraire sur le thème des contes et légendes Elle y propose la vente de livres d'occasion, la dégustation d'un café, chocolat chaud, thé ou soda, et a prévu d'y développer des ateliers de contes et des cercles de lecture. Nous vivons dans et avec les récits, nous les écrivons autant que ceux des autres nous accompagnent tout au long de la vie : nous partageons, Morgan et moi, cette conviction profonde.

Au côté de ses envies de cercle de lectures et de rencontres avec les adolescents et les adultes, Morgan a fait une place pour les ateliers de lectures partagées avec les bébés. Ils auront lieu les 4 premiers jeudis de septembre, et le mardi 28 septembre pour la dernière séance, de 10h à 12h, sans inscription, gratuits, en entrée et sortie libre. En extérieur devant le café, ou à  l'intérieur si le temps l'impose, comme ce fut le cas en ce premier jeudi pluvieux du 2 septembre !


 

Ce même mois, Morgan inaugure son atelier de lecture pour les adultes, qui aura lieu tous les jeudis à partir du 16 septembre, de 19h à 20h. 


 

Ainsi, sur les journées des 5 ateliers de lectures partagées programmés, il y aura donc deux "jeudis littéraires", commencés par des lectures avec les bébés le matin, clôturées par un atelier de lecture pour les adultes en début de soirée : le jeudi 16 septembre et le jeudi 23 septembre. 

Cela me rappelle l'énigme posée par le Sphinx à Oedipe : « Quel être, pourvu d'une seule voix, a d'abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir ? » Légendes, contes et mythologies, richesse des récits que l'on retrouve dans toutes les cultures.

Deux journées où de tout bébé à adulte, nous sommes invités venir partager des histoires, des récits, dans un beau mouvement de continuité de temps et d'espace. Ce lieu et ces journées comme symbole du lien que nous avons avec les récits, dès la naissance et tout au long de la vie, et que nous avons avec nous-mêmes et que nous oublions parfois au milieu de toutes les séparations que les mots et l'organisation sociale produisent : bébé, enfant, adolescent, adulte, personnes âgées... une seule et même personne qui se construit en continuité. Matin, midi, soir...

Et oui, des lectures avec les bébés dans un café littéraire ! Je ne sais pas si cela s'est déjà fait, mais que cela puisse se reproduise, que soit reconnue la littérature et les pratiques de lectures partagées avec les bébés comme une vraie première expérience littéraire ! 

Merci Morgan !


dimanche 5 septembre 2021

En septembre 2021sur Narbonne

Dans le cadre des Lectures en herbe démarrent en ce mois de septembre les ateliers de lectures partagées au café littéraire le Kornigan, et auront lieu les deux ateliers programmés au centre social de l'A.M.I. Razimbaud. Nouveaux lieux, nouvelles rencontres ! Et les ateliers du lundi matin au Centre social et culturel Nelson Mandela continuent jusqu'à la fin du mois.

En parallèle de cette action, vous pouvez également venir lire avec vos tout-petits aux ateliers proposés à la Maison de la Prévention Santé, ainsi qu'au Centre social et culturel Nelson Mandela lors des ateliers mensuels.

A très bientôt sur les tapis !





dimanche 29 août 2021

Tout un poème ! 3 - "Bon pour les bébés" de Thierry dedieu

Thierry Dedieu, auteur prolifique de livres jeunesse, a créé une collection pour les bébés aux éditions du Seuil Jeunesse, intitulée "Bon pour les bébés". Auteur et illustrateur, il nous propose de grands livres cartonnés (38 x 28 cm) aux illustrations en noir et blanc, offrant un contraste adapté à la vue des nouveaux nés. De belles et grandes illustrations à l'encre noire, qui attirent le regard et invitent à s'y plonger (presque littéralement grâce à leur taille) enveloppé par la musique et par le rythme du texte.

Et quels textes nous propose-t'il ? Des genres de textes très variés, et surprenant au premier abord, qui, inscrits dans un livre, nous rappellent que le récit et la poésie sont partout autour de nous si tant est qu'on les remarque. Dans cette collection on trouve des comptines, des virelangues, des poèmes, formes connues déjà adressées aux tout-petits, mais on découvre aussi, proposés sous forme joueuse et inventive, une recette de crêpes, des mathématiques (avec une table de multiplication et le théorème de Pythagore), des menus, la météo marine, la tirade du nez de Cyrano de Bergerac ! Qui l'eut cru ?!

 



 (source de la photographie : http://www.mediatheque.lotetgaronne.fr)

La richesse de cette collection est bien de nous rappeler que la transmission et le partage, pour grandir dans le lien autour de la lecture, se fait par toutes sortes de récits, de langage. Encore une fois, car je le cite si souvent, cela rejoint les propos d'Alberto Manguel sur le fait que nous soyons tous lecteurs, que c'est dans notre nature, que nous lisons le monde. Alors oui, chaque domaine, poésie et littérature bien sûr, mais aussi mathématiques, recettes, météo, et tant autres champs de la connaissance, sont le récit, une histoire racontée, de notre rapport au monde. Thierry Dedieu nous propose de le partager avec les bébés, en sachant que le plaisir pris dans le partage sera premier par rapport à un sens auquel on accèdera petit à petit en grandissant, grâce à cette première condition de lien. Peu importe de ne pas comprendre tous les mots, c'est en les croisant dans différents contexte qu'ils entreront dans notre imaginaire et dans notre vocabulaire, peu à peu s'ils sont associés au plaisir partagé de la lecture. Il faut faire confiance à la mémoire des bébés et à leur soif d'apprendre !

Le récit est partout autour de nous, et autour de bébé qui grandit, dès son arrivée au monde. Le partage et la transmission de ces formes enrichissent notre lien. Les inscrire dans des livres ouvre à la dimension de récit de façon formelle, avec un début et une fin, inscrivant l'expérience physique indispensable à la dimension d'éveil. On ouvre le livre, on peut le toucher, on le referme, on peut le ré-ouvrir, et le lire autant de fois qu'on le désire. Il existe. 

Afin de pouvoir entrer dans la richesse des propositions des livres, la qualité des illustrations, la richesse du rapport texte-image, la taille, en font un terrain de jeu pour le désir de découvrir et de vivre des expériences partagées des bébés. Les formes invitent aux associations et à l'imagination, les yeux, (éléments très importants pour les bébés, le visage de la mère, ou de la personne qui prend soin de lui au quotidien, étant le premier repère) sont très expressifs, les propositions graphiques sont très variées : multitudes de petits éléments, aplat de couleur noire d'où émerge les éléments, formes distinctes ou liées, dynamiques ou immobiles, jeux de contraste.

En créant ces illustrations, en les associant à ces textes joueurs et touchant à toutes ces thématiques, Thierry Dedieu créé véritablement des poèmes pour les bébés, adaptés à leur développement et aussi riches et variés que la poésie nous en propose à nous, les grands.


Thierry Dedieu, La table de deux, Le Seuil Jeunesse, 2015.

Thierry Dedieu,Haïkus d'automne : poèmes pour bébés, Le Seuil Jeunesse, 2020.

Thierry Dedieu, Météo marine, Le Seuil Jeunesse, 2017.

 

Pour terminer, et comme les bébés sont les meilleurs critiques de livres qui leur sont adressés, je rapporte ici deux observations de lectures partagées :

J'ai lu Haïkus d'automne : poèmes pour bébés, avec la petite Carine*, 10 mois et avec sa maman. Carine*, assise, en face de moi à côté de sa maman, les mains posées appuyées au sol devant elle. Elle tapotait le sol avec ses mains, les regardait, regardait autour d'elle, me regardait, regardait le livre pendant la lecture. J'avais proposé à la maman de choisir un livre, elle a été intrigué par ce grand format et son titre, intéressée par cette proposition de poèmes. Elle a suivi la lecture en regardant le livre, en regardant Carine*, en participant en attirant l'attention de Carine sur certaines illustrations. Au moment de partir, elle m'a dit qu'elle avait été touchée par l'attention de sa fille pendant les lectures, que peut-être alors elle allait commencer à lui lire des histoires à la maison, car elle avait des livres, mais plutôt des livres à toucher et des imagiers. Nous avons échangé sur les particularités de la lecture avec les tout-petits, le besoin de bouger, de se déplacer, de toucher, de s'approprier physiquement le moment partagé.

 

 

Pendant les lectures partagées proposées à Montolieu dans le cadre du festival Partir en livre dans la Montagne noire, le petit Yanis*, 10 mois également, est revenu à plusieurs reprises avec ses parents. A la première rencontre, pendant les premières lectures il se déplaçait, touchait ce qui l'environnait, était en découverte de ce qui était en train de se passer. Lorsque j'ai choisi Tas de riz tas de rats, et que j'ai commencé à le lire avec lui, il est venu s'installer devant le livre grand ouvert en face de moi. Il a commencé à sourire en observant les pages, il ne quittait plus le livre des yeux. A la fin de la lecture, il a applaudi, a repris le livre et le me l'a redonné. Nous l'avons relu 3 fois de suite, avec toujours la même attention et le même plaisir exprimé. 

 

Je me joins alors à la quatrième de couverture de la collection "Bon pour les bébés " en affirmant : Des livres testés et plébiscités par les bébés", et surtout : Bon nombre d'idées reçues risquent de tomber !

Découvrez ou retrouvez le travail de Thierry Dedieu, qui écrit et illustre des livres des bébés aux adolescents, sur son blog : http://thierrydedieu.blogspot.com/

*Tous les prénoms des enfants ont été changés. 


vendredi 13 août 2021

tiens ! de Ramona Badescu, éditions Les Grandes personnes.


 

tiens !  est véritablement un cadeau

C'est un beau livre de photos, de 48 pages, dont le texte invite à l'imagination et aux associations. Un texte poétique qui ne décrit pas les images, mais les prolongent. Ce sont des photos d'enfants, parfois en gros plan, parfois en groupe, et sur chacune d'elles ils ont des activités de tous les jours, dans un environnement collectif. On mange, on danse, on manipule, on écoute, on regarde, on joue. Le texte débute dans la répétition de ce Tiens du titre, et se poursuit dans une énumération de tout ce que l'on peut offrir aux enfants, leur donner à attraper, leur donner à vivre dans le lien. Dès le titre ce livre invite au mouvement qui propose une expérience partagée. Je te donne, tu saisis et tu découvres, tu construis, dans le monde physique et celui du récit. Voilà comment nous grandissons, dans un élan partagé.

 


 

Le texte, dans son apparente simplicité, propose aux enfants tout un univers de liens entre les mots et les choses, les mots et les situations, les mots et les sensations, dans une variété d'énoncés. Sur deux pages sont simplement nommés le pain, et le fromage, toujours dans la continuité de "tiens !" (du pain, et du fromage), sur deux autres pages le yaourt et la purée sont nommés sous forme d'interrogation (de la purée ? du yaourt ?), proposant  l'ouverture à l'interrogation. Certaines photos montrent des objets et le texte les accompagne en ouvrant vers un ensemble plus large, à travers une de leur qualité (quelque chose de doux, quelque chose de orange), ou vers une idée, une situation, une expérience.




 
 
 
On peut reconnaître sur une autre photographie une page du livre Les trois ours, de Byron Barton, lors d'une lecture collective, et le texte nous juste dit une forêt, ouvrant sur l'imaginaire, le symbolique, porté par le livre photographié : Tiens - une forêt. La double page propose en vis-à-vis à gauche une photographie de feuille tenue, comme offerte. Une feuille, une forêt, tout un monde qui glisse du physique à l'imaginaire et au symbolique.
 
 
 
 

Les deux dernières pages du livre propose un texte sans image, une liste poétique d'un monde de sensations en relation avec notre environnement. Ici les images ce sont les mots, graphiquement, tout aussi évocateurs et porteurs de sens que les images, et la disposition du texte propose une forme au regard. Le livre se termine sur un tiens, attrape de tes deux mains ! que j'accompagne lors de la lecture du geste de tendre le livre à l'enfant, en l'invitant à le toucher, ou à s'en saisir si son développement le permet. Et qui nous rappelle que pour découvrir les livres il faut les toucher, les saisir, que c'est comme cela que nous allons à la découverte du monde qui nous entoure.

 



Lire le monde, quel boulot !

Les propositions faites au travers des images, du texte, et de leurs associations, font de ce livre une petite merveille, un cadeau, pour les petits cerveaux qui travaillent si fort, à lier, à associer, pour appréhender le monde. A se construire des repères dans les rapports entre les personnes, dans le rapport au monde, aux objets, dans l'observation de la répétition de ces rapports pour pouvoir poser les premiers jalons de la compréhension, et du langage qui permet de nommer ces liens. Les questions répétées des petits, Pourquoi ? et Qu'est-ce que c'est ? nous indiquent leur quête de savoir, leur quête de connaissance qui les attachent au monde qui les entourent, et nous disent à chaque instant qu'il s'agit de lien et de transmission. Nous sommes des êtres de sens, des lecteurs du monde comme le dit Alberto Manguel dans son Histoire de la lecture, nous lisons tout, c'est dans notre nature. Cette lecture du monde commence avant même la naissance, de nombreuses études tendent à le démontrer, et se poursuit à la naissance, pour ne plus jamais s'arrêter.

"L'astronome qui lit une carte d'étoiles disparues ; le tisserand qui lit les dessins complexes d'un tapis en cours de tissage; les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d'étonnement; l'amant qui lit à l'aveuglette le corps aimé, la nuit sous les draps (...)"
 
 
 
 
Ce travail de lecture du monde est là, dans un élan vers l'autre, dès le départ. Bébés nous lisons les réactions des adultes qui prennent soin de nous, leurs gestes, leurs voix, les expressions de leur visage. Nous les lisons, et dans la répétition nous leur donnons un sens. C'est un travail immense, et comme le dit si joliment aux bébés l'artiste Corinne Lovera Vitali, dans son livre le bravo (voir l'article sur ce livre) : 
 
quelle belle vie de cerveau faite pour s'en trouver heureux et s'en trouver fier s'en trouver accompli s'en trouver grandi et c'était pas du gâteau c'était pas donné c'était du boulot alors ne pas oublier surtout ne pas oublier de se donner le bravo
 
 

 
 

Nourrir l'appétit des bébés

 

La richesse de la littérature pour les tout-petits, pour nourrir cet appétit de vivre et cet élan vers le sens à construire, c'est de ne pas juste décrire le monde. De ne pas juste nommer les choses, de ne pas juste décrire les objets et les situations que l'on peut observer sur les illustrations. Sa richesse, c'est de les prolonger, de façon fine et délicate, comme ce mouvement en construction qui se prolongera tout au long du développement de l'enfant. Le monde est déjà là tout autour de nous pour nos apprentissages. On apprend ce qu'est une cuillère ou une chaise en les observant autour de nous, et en observant leur utilisation par ceux qui nous entourent. On apprend à quoi les objets servent en les touchant, en les utilisant, accompagnés au tout début, et également dans les questions que l'on pose et les réponses que l'on obtient, dans le lien et l'échange.
Un livre, c'est une autre aventure que celle de l'apprentissage pur et simple, c'est l'entrée dans le récit, dans cette expérience que le monde se raconte, et de plein de façons possibles. Dans l'expérience que si le monde se raconte, alors on peut se raconter aussi. 
 
Le livre nous propose une autre dimension qui lui est propre, celle du récit, celle de la surprise, pour nourrir notre imaginaire en construction. Parents, faisons-nous et faisons-leur confiance ! Pas besoin de leur montrer sur une image l'objet que nous avons déjà nommé tant de fois pour être sûrs que l'enfant apprenne son nom et son sens. Pas besoin d'être validés ou complétés par un livre pour entrer dans le monde qui nomme. Par contre, lisons des histoires, de la poésie, chantons des comptines, pour le plaisir d'être ensemble, pour le plaisir d'entrer accompagné dans le monde du récit. Pour nous aider à penser, pour nourrir notre imaginaire, pour nous aider à trouver notre place petit à petit.

Ces propos peuvent paraître théoriques, peut-être idéalistes, peut-être même peut-on se dire que le monde des bébés est bien plus simple que toutes ces idées d'adultes. Ceux qui travaillent à accompagner les tout-petits et les parents, professionnels de la santé psychique, pédopsychiatres et psychologues, chercheurs en sciences cognitives, s'accordent de plus en plus à reconnaître tout le boulot, cognitif, comportemental, émotionnel qui sous-tend le développement de l'enfant pour donner du sens à ce qui l'entoure et entrer dans le monde à nos côtés.

Avant le langage tout un ensemble de réactions nous invitent à observer ce travail, cet élan. Le regard, les sourires, l'attention, les petits mouvements des bras et des jambes, nous aussi nous pouvons essayer de lire ce mystère d'avant les mots pour engager le dialogue.
 

Quelques observations


J'ai lu tiens ! avec des enfants d'âges variés, et j'ai observé une attention très marquée aux images. Des tout-petits de tout juste un mois, qui fixaient les pages tout au long de la lecture, blottis dans les bras de leur maman, leurs yeux ne quittant pas les photos, jusqu'à 3 ans, observant cette même concentration.
 
A un mois on commence à distinguer certaines couleurs, pas toutes, et on a besoin que les objets soient proches. Les bébés ne voient pas les images comme nous les distinguons ensuite peu à peu, mais un ensemble de tâches colorées, auxquelles s'associent la situation : la musique des mots, le cadre rassurant des bras, les réactions de son parent. Un moment agréable et nourrissant, dans lequel les bébés peuvent se plonger. Et puis le livre est relu, en grandissant on distingue les images plus nettement, on reconnaît la musique des mots que l'on va distinguer les uns des autres, que l'on va aussi reconnaître. Dans la répétition de lectures de livres devenus familiers, on inscrit le souvenir des bras dans lesquels on était lovés, pour pouvoir les quitter peu en peu en confiance. Pour s'installer ensuite sur les tapis, "comme un grand".
 
J'ai lu tiens ! avec Naïm*, 1 mois, et son attention tout au long de la lecture a épaté sa maman. Le regard fixé sur les pages, il a également souri à certains moments.
Nous avons relu ce livre 3 semaines plus tard, et toujours blotti dans les bras de sa maman, Naïm* a accompagné la lecture de regards alternés entre le livre et moi, l'a accompagnée de grands sourires, et de mouvements tranquilles. Une lecture toujours attentive tout au long des 48 pages. J'ai observé le plaisir de sa maman à observer les réactions de son bébé, a y répondre et dialoguer ainsi avec lui.
Dans la salle où nous étions installés il y avait des photographies en noir et blanc accrochées au mur. Une série de photographie d'activités d'enfants. A plusieurs reprises au cours de l'atelier la maman de Naïm* a observé que le regard de son bébé était fixé en direction des photographies. Tâches noires et blanches sur un fond de mur jaune clair, elles étaient une proposition implicite au regard, saisie par Naïm* au vol. Sa maman a initié un dialogue avec son fils autour de ces photos. Elle a donné du sens à ce qui attirait si paisiblement et assurément son attention.

Lu avec Martin*, 10 mois, tiens ! a encore tenu ses promesses. Assis sur un coussin et calé contre maman, ce petit garçon a lui aussi observé avec une grande attention les photographies, tout au long du livre. Il a répété "Tiens" à plusieurs reprises.

Lorsque j'ai lu tiens ! avec Mathieu*, 3 ans, il était installé sur le tapis, sa maman et son papa installés un peu plus loin. Pendant toute la lecture il a eu les yeux fixés sur les pages, faisant des allers-retours entre chaque double page, avec un air d'extrême concentration, les sourcils froncés. Sans un mot, du début à la fin, son regard a scruté les images. Nous avons discuté avec sa maman à la fin de la séance, et elle m'a raconté qu'à la crèche le personnel lui racontait que Mathieu* était un enfant très réservé, et qu'elle ne le connaissait pas ainsi en famille. Elle était contente d'avoir pu, à cette occasion, faire un lien avec ces retours et observer la concentration de son enfant. 
 

Des photographies pour les bébés !

 

Lors d'un atelier j'ai proposé la lecture de tiens ! à un papa et à son fils de 2 ans. Le papa m'a alors dit s'être justement interrogé sur les livres de photographies pour les enfants, s'étant demandé si cela existait. Nous avons échangé autour de cette question, car en effet, les illustrations photographiques sont très minoritaires dans la production éditoriale jeunesse. Comme pour une illustration dessinée, la richesse réside dans les propositions faites aux enfants, la qualité graphique des images, les liens proposées entre double page et avec la succession de celles-ci, dans le rapport entre le texte et les images, afin de proposer à chacun de se saisir en liberté et de façon singulière, de la voix et de la vision d'un artiste. Alors oui, proposons des livres de photos aux bébés, de beaux et bons livres !
 
 

 
*tous les prénoms des enfants ont été changés.