mardi 7 septembre 2021

"Jeudis littéraires" de septembre au Kornigan, pour les petits et pour les grands

Dans le cadre des Lectures en herbe qui continuent sur ce mois de septembre à Narbonne, j'ai le grand plaisir de démarrer des ateliers de lectures partagées, avec les 0-3 ans, au café littéraire le Kornigan, place des Quatre Fontaines à Narbonne.

 

Morgan Corne, conteuse et passionnée par les légendes, a monté son café littéraire sur le thème des contes et légendes Elle y propose la vente de livres d'occasion, la dégustation d'un café, chocolat chaud, thé ou soda, et a prévu d'y développer des ateliers de contes et des cercles de lecture. Nous vivons dans et avec les récits, nous les écrivons autant que ceux des autres nous accompagnent tout au long de la vie : nous partageons, Morgan et moi, cette conviction profonde.

Au côté de ses envies de cercle de lectures et de rencontres avec les adolescents et les adultes, Morgan a fait une place pour les ateliers de lectures partagées avec les bébés. Ils auront lieu les 4 premiers jeudis de septembre, et le mardi 28 septembre pour la dernière séance, de 10h à 12h, sans inscription, gratuits, en entrée et sortie libre. En extérieur devant le café, ou à  l'intérieur si le temps l'impose, comme ce fut le cas en ce premier jeudi pluvieux du 2 septembre !


 

Ce même mois, Morgan inaugure son atelier de lecture pour les adultes, qui aura lieu tous les jeudis à partir du 16 septembre, de 19h à 20h. 


 

Ainsi, sur les journées des 5 ateliers de lectures partagées programmés, il y aura donc deux "jeudis littéraires", commencés par des lectures avec les bébés le matin, clôturées par un atelier de lecture pour les adultes en début de soirée : le jeudi 16 septembre et le jeudi 23 septembre

Cela me rappelle l'énigme posée par le Sphinx à Oedipe : « Quel être, pourvu d'une seule voix, a d'abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir ? » Légendes, contes et mythologies, richesse des récits que l'on retrouve dans toutes les cultures.

Deux journées où de tout bébé à adulte, nous sommes invités venir partager des histoires, des récits, dans un beau mouvement de continuité de temps et d'espace. Ce lieu et ces journées comme symbole du lien que nous avons avec les récits, dès la naissance et tout au long de la vie, et que nous avons avec nous-mêmes et que nous oublions parfois au milieu de toutes les séparations que les mots et l'organisation sociale produisent : bébé, enfant, adolescent, adulte, personnes âgées... une seule et même personne qui se construit en continuité. Matin, midi, soir...

Et oui, des lectures avec les bébés dans un café littéraire ! Je ne sais pas si cela s'est déjà fait, mais que cela puisse se reproduise, que soit reconnue la littérature et les pratiques de lectures partagées avec les bébés comme une vraie première expérience littéraire ! 

Merci Morgan !


dimanche 5 septembre 2021

En septembre sur Narbonne

Dans le cadre des Lectures en herbe démarrent en ce mois de septembre les ateliers de lectures partagées au café littéraire le Kornigan, et auront lieu les deux ateliers programmés au centre social de l'A.M.I. Razimbaud. Nouveaux lieux, nouvelles rencontres ! Et les ateliers du lundi matin au Centre social et culturel Nelson Mandela continuent jusqu'à la fin du mois.

En parallèle de cette action, vous pouvez également venir lire avec vos tout-petits aux ateliers proposés à la Maison de la Prévention Santé, ainsi qu'au Centre social et culturel Nelson Mandela lors des ateliers mensuels.

A très bientôt sur les tapis !





dimanche 29 août 2021

Tout un poème ! 3

Thierry Dedieu, auteur prolifique de livres jeunesse, a créé une collection pour les bébés aux éditions du Seuil Jeunesse, intitulée "Bon pour les bébés". Auteur et illustrateur, il nous propose de grands livres cartonnés (38 x 28 cm) aux illustrations en noir et blanc, offrant un contraste adapté à la vue des nouveaux nés. De belles et grandes illustrations à l'encre noire, qui attirent le regard et invitent à s'y plonger (presque littéralement grâce à leur taille) enveloppé par la musique et par le rythme du texte.

Et quels textes nous propose-t'il ? Des genres de textes très variés, et surprenant au premier abord, qui, inscrits dans un livre, nous rappellent que le récit et la poésie sont partout autour de nous si tant est qu'on les remarque. Dans cette collection on trouve des comptines, des virelangues, des poèmes, formes connues déjà adressées aux tout-petits, mais on découvre aussi, proposés sous forme joueuse et inventive, une recette de crêpes, des mathématiques (avec une table de multiplication et le théorème de Pythagore), des menus, la météo marine, la tirade du nez de Cyrano de Bergerac ! Qui l'eut cru ?!

 



 (source de la photographie : http://www.mediatheque.lotetgaronne.fr)

La richesse de cette collection est bien de nous rappeler que la transmission et le partage, pour grandir dans le lien autour de la lecture, se fait par toutes sortes de récits, de langage. Encore une fois, car je le cite si souvent, cela rejoint les propos d'Alberto Manguel sur le fait que nous soyons tous lecteurs, que c'est dans notre nature, que nous lisons le monde. Alors oui, chaque domaine, poésie et littérature bien sûr, mais aussi mathématiques, recettes, météo, et tant autres champs de la connaissance, sont le récit, une histoire racontée, de notre rapport au monde. Thierry Dedieu nous propose de le partager avec les bébés, en sachant que le plaisir pris dans le partage sera premier par rapport à un sens auquel on accèdera petit à petit en grandissant, grâce à cette première condition de lien. Peu importe de ne pas comprendre tous les mots, c'est en les croisant dans différents contexte qu'ils entreront dans notre imaginaire et dans notre vocabulaire, peu à peu s'ils sont associés au plaisir partagé de la lecture. Il faut faire confiance à la mémoire des bébés et à leur soif d'apprendre !

Le récit est partout autour de nous, et autour de bébé qui grandit, dès son arrivée au monde. Le partage et la transmission de ces formes enrichissent notre lien. Les inscrire dans des livres ouvre à la dimension de récit de façon formelle, avec un début et une fin, inscrivant l'expérience physique indispensable à la dimension d'éveil. On ouvre le livre, on peut le toucher, on le referme, on peut le ré-ouvrir, et le lire autant de fois qu'on le désire. Il existe. 

Afin de pouvoir entrer dans la richesse des propositions des livres, la qualité des illustrations, la richesse du rapport texte-image, la taille, en font un terrain de jeu pour le désir de découvrir et de vivre des expériences partagées des bébés. Les formes invitent aux associations et à l'imagination, les yeux, (éléments très importants pour les bébés, le visage de la mère, ou de la personne qui prend soin de lui au quotidien, étant le premier repère) sont très expressifs, les propositions graphiques sont très variées : multitudes de petits éléments, aplat de couleur noire d'où émerge les éléments, formes distinctes ou liées, dynamiques ou immobiles, jeux de contraste.

En créant ces illustrations, en les associant à ces textes joueurs et touchant à toutes ces thématiques, Thierry Dedieu créé véritablement des poèmes pour les bébés, adaptés à leur développement et aussi riches et variés que la poésie nous en propose à nous, les grands.


Thierry Dedieu, La table de deux, Le Seuil Jeunesse, 2015.

Thierry Dedieu,Haïkus d'automne : poèmes pour bébés, Le Seuil Jeunesse, 2020.

Thierry Dedieu, Météo marine, Le Seuil Jeunesse, 2017.

 

Pour terminer, et comme les bébés sont les meilleurs critiques de livres qui leur sont adressés, je rapporte ici deux observations de lectures partagées :

J'ai lu Haïkus d'automne : poèmes pour bébés, avec la petite Carine*, 10 mois et avec sa maman. Carine*, assise, en face de moi à côté de sa maman, les mains posées appuyées au sol devant elle. Elle tapotait le sol avec ses mains, les regardait, regardait autour d'elle, me regardait, regardait le livre pendant la lecture. J'avais proposé à la maman de choisir un livre, elle a été intrigué par ce grand format et son titre, intéressée par cette proposition de poèmes. Elle a suivi la lecture en regardant le livre, en regardant Carine*, en participant en attirant l'attention de Carine sur certaines illustrations. Au moment de partir, elle m'a dit qu'elle avait été touchée par l'attention de sa fille pendant les lectures, que peut-être alors elle allait commencer à lui lire des histoires à la maison, car elle avait des livres, mais plutôt des livres à toucher et des imagiers. Nous avons échangé sur les particularités de la lecture avec les tout-petits, le besoin de bouger, de se déplacer, de toucher, de s'approprier physiquement le moment partagé.

 

 

Pendant les lectures partagées proposées à Montolieu dans le cadre du festival Partir en livre dans la Montagne noire, le petit Yanis*, 10 mois également, est revenu à plusieurs reprises avec ses parents. A la première rencontre, pendant les premières lectures il se déplaçait, touchait ce qui l'environnait, était en découverte de ce qui était en train de se passer. Lorsque j'ai choisi Tas de riz tas de rats, et que j'ai commencé à le lire avec lui, il est venu s'installer devant le livre grand ouvert en face de moi. Il a commencé à sourire en observant les pages, il ne quittait plus le livre des yeux. A la fin de la lecture, il a applaudi, a repris le livre et le me l'a redonné. Nous l'avons relu 3 fois de suite, avec toujours la même attention et le même plaisir exprimé. 

 

Je me joins alors à la quatrième de couverture de la collection "Bon pour les bébés " en affirmant : Des livres testés et plébiscités par les bébés", et surtout : Bon nombre d'idées reçues risquent de tomber !

Découvrez ou retrouvez le travail de Thierry Dedieu, qui écrit et illustre des livres des bébés aux adolescents, sur son blog : http://thierrydedieu.blogspot.com/

*Tous les prénoms des enfants ont été changés. 


vendredi 13 août 2021

tiens ! de Ramona Badescu, éditions Les Grandes personnes.


 

tiens !  est véritablement un cadeau

C'est un beau livre de photos, de 48 pages, dont le texte invite à l'imagination et aux associations. Un texte poétique qui ne décrit pas les images, mais les prolongent. Ce sont des photos d'enfants, parfois en gros plan, parfois en groupe, et sur chacune d'elles ils ont des activités de tous les jours, dans un environnement collectif. On mange, on danse, on manipule, on écoute, on regarde, on joue. Le texte débute dans la répétition de ce Tiens du titre, et se poursuit dans une énumération de tout ce que l'on peut offrir aux enfants, leur donner à attraper, leur donner à vivre dans le lien. Dès le titre ce livre invite au mouvement qui propose une expérience partagée. Je te donne, tu saisis et tu découvres, tu construis, dans le monde physique et celui du récit. Voilà comment nous grandissons, dans un élan partagé.

 


 

Le texte, dans son apparente simplicité, propose aux enfants tout un univers de liens entre les mots et les choses, les mots et les situations, les mots et les sensations, dans une variété d'énoncés. Sur deux pages sont simplement nommés le pain, et le fromage, toujours dans la continuité de "tiens !" (du pain, et du fromage), sur deux autres pages le yaourt et la purée sont nommés sous forme d'interrogation (de la purée ? du yaourt ?), proposant  l'ouverture à l'interrogation. Certaines photos montrent des objets et le texte les accompagne en ouvrant vers un ensemble plus large, à travers une de leur qualité (quelque chose de doux, quelque chose de orange), ou vers une idée, une situation, une expérience.




 
 
 
On peut reconnaître sur une autre photographie une page du livre Les trois ours, de Byron Barton, lors d'une lecture collective, et le texte nous juste dit une forêt, ouvrant sur l'imaginaire, le symbolique, porté par le livre photographié : Tiens - une forêt. La double page propose en vis-à-vis à gauche une photographie de feuille tenue, comme offerte. Une feuille, une forêt, tout un monde qui glisse du physique à l'imaginaire et au symbolique.
 
 
 
 

Les deux dernières pages du livre propose un texte sans image, une liste poétique d'un monde de sensations en relation avec notre environnement. Ici les images ce sont les mots, graphiquement, tout aussi évocateurs et porteurs de sens que les images, et la disposition du texte propose une forme au regard. Le livre se termine sur un tiens, attrape de tes deux mains ! que j'accompagne lors de la lecture du geste de tendre le livre à l'enfant, en l'invitant à le toucher, ou à s'en saisir si son développement le permet. Et qui nous rappelle que pour découvrir les livres il faut les toucher, les saisir, que c'est comme cela que nous allons à la découverte du monde qui nous entoure.

 



Lire le monde, quel boulot !

Les propositions faites au travers des images, du texte, et de leurs associations, font de ce livre une petite merveille, un cadeau, pour les petits cerveaux qui travaillent si fort, à lier, à associer, pour appréhender le monde. A se construire des repères dans les rapports entre les personnes, dans le rapport au monde, aux objets, dans l'observation de la répétition de ces rapports pour pouvoir poser les premiers jalons de la compréhension, et du langage qui permet de nommer ces liens. Les questions répétées des petits, Pourquoi ? et Qu'est-ce que c'est ? nous indiquent leur quête de savoir, leur quête de connaissance qui les attachent au monde qui les entourent, et nous disent à chaque instant qu'il s'agit de lien et de transmission. Nous sommes des êtres de sens, des lecteurs du monde comme le dit Alberto Manguel dans son Histoire de la lecture, nous lisons tout, c'est dans notre nature. Cette lecture du monde commence avant même la naissance, de nombreuses études tendent à le démontrer, et se poursuit à la naissance, pour ne plus jamais s'arrêter.

"L'astronome qui lit une carte d'étoiles disparues ; le tisserand qui lit les dessins complexes d'un tapis en cours de tissage; les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d'étonnement; l'amant qui lit à l'aveuglette le corps aimé, la nuit sous les draps (...)"
 
 
 
 
Ce travail de lecture du monde est là, dans un élan vers l'autre, dès le départ. Bébés nous lisons les réactions des adultes qui prennent soin de nous, leurs gestes, leurs voix, les expressions de leur visage. Nous les lisons, et dans la répétition nous leur donnons un sens. C'est un travail immense, et comme le dit si joliment aux bébés l'artiste Corinne Lovera Vitali, dans son livre le bravo (voir l'article sur ce livre) : 
 
quelle belle vie de cerveau faite pour s'en trouver heureux et s'en trouver fier s'en trouver accompli s'en trouver grandi et c'était pas du gâteau c'était pas donné c'était du boulot alors ne pas oublier surtout ne pas oublier de se donner le bravo
 
 

 
 

Nourrir l'appétit des bébés

 

La richesse de la littérature pour les tout-petits, pour nourrir cet appétit de vivre et cet élan vers le sens à construire, c'est de ne pas juste décrire le monde. De ne pas juste nommer les choses, de ne pas juste décrire les objets et les situations que l'on peut observer sur les illustrations. Sa richesse, c'est de les prolonger, de façon fine et délicate, comme ce mouvement en construction qui se prolongera tout au long du développement de l'enfant. Le monde est déjà là tout autour de nous pour nos apprentissages. On apprend ce qu'est une cuillère ou une chaise en les observant autour de nous, et en observant leur utilisation par ceux qui nous entourent. On apprend à quoi les objets servent en les touchant, en les utilisant, accompagnés au tout début, et également dans les questions que l'on pose et les réponses que l'on obtient, dans le lien et l'échange.
Un livre, c'est une autre aventure que celle de l'apprentissage pur et simple, c'est l'entrée dans le récit, dans cette expérience que le monde se raconte, et de plein de façons possibles. Dans l'expérience que si le monde se raconte, alors on peut se raconter aussi. 
 
Le livre nous propose une autre dimension qui lui est propre, celle du récit, celle de la surprise, pour nourrir notre imaginaire en construction. Parents, faisons-nous et faisons-leur confiance ! Pas besoin de leur montrer sur une image l'objet que nous avons déjà nommé tant de fois pour être sûrs que l'enfant apprenne son nom et son sens. Pas besoin d'être validés ou complétés par un livre pour entrer dans le monde qui nomme. Par contre, lisons des histoires, de la poésie, chantons des comptines, pour le plaisir d'être ensemble, pour le plaisir d'entrer accompagné dans le monde du récit. Pour nous aider à penser, pour nourrir notre imaginaire, pour nous aider à trouver notre place petit à petit.

Ces propos peuvent paraître théoriques, peut-être idéalistes, peut-être même peut-on se dire que le monde des bébés est bien plus simple que toutes ces idées d'adultes. Ceux qui travaillent à accompagner les tout-petits et les parents, professionnels de la santé psychique, pédopsychiatres et psychologues, chercheurs en sciences cognitives, s'accordent de plus en plus à reconnaître tout le boulot, cognitif, comportemental, émotionnel qui sous-tend le développement de l'enfant pour donner du sens à ce qui l'entoure et entrer dans le monde à nos côtés.

Avant le langage tout un ensemble de réactions nous invitent à observer ce travail, cet élan. Le regard, les sourires, l'attention, les petits mouvements des bras et des jambes, nous aussi nous pouvons essayer de lire ce mystère d'avant les mots pour engager le dialogue.
 

Quelques observations


J'ai lu tiens ! avec des enfants d'âges variés, et j'ai observé une attention très marquée aux images. Des tout-petits de tout juste un mois, qui fixaient les pages tout au long de la lecture, blottis dans les bras de leur maman, leurs yeux ne quittant pas les photos, jusqu'à 3 ans, observant cette même concentration.
 
A un mois on commence à distinguer certaines couleurs, pas toutes, et on a besoin que les objets soient proches. Les bébés ne voient pas les images comme nous les distinguons ensuite peu à peu, mais un ensemble de tâches colorées, auxquelles s'associent la situation : la musique des mots, le cadre rassurant des bras, les réactions de son parent. Un moment agréable et nourrissant, dans lequel les bébés peuvent se plonger. Et puis le livre est relu, en grandissant on distingue les images plus nettement, on reconnaît la musique des mots que l'on va distinguer les uns des autres, que l'on va aussi reconnaître. Dans la répétition de lectures de livres devenus familiers, on inscrit le souvenir des bras dans lesquels on était lovés, pour pouvoir les quitter peu en peu en confiance. Pour s'installer ensuite sur les tapis, "comme un grand".
 
J'ai lu tiens ! avec Naïm*, 1 mois, et son attention tout au long de la lecture a épaté sa maman. Le regard fixé sur les pages, il a également souri à certains moments.
Nous avons relu ce livre 3 semaines plus tard, et toujours blotti dans les bras de sa maman, Naïm* a accompagné la lecture de regards alternés entre le livre et moi, l'a accompagnée de grands sourires, et de mouvements tranquilles. Une lecture toujours attentive tout au long des 48 pages. J'ai observé le plaisir de sa maman à observer les réactions de son bébé, a y répondre et dialoguer ainsi avec lui.
Dans la salle où nous étions installés il y avait des photographies en noir et blanc accrochées au mur. Une série de photographie d'activités d'enfants. A plusieurs reprises au cours de l'atelier la maman de Naïm* a observé que le regard de son bébé était fixé en direction des photographies. Tâches noires et blanches sur un fond de mur jaune clair, elles étaient une proposition implicite au regard, saisie par Naïm* au vol. Sa maman a initié un dialogue avec son fils autour de ces photos. Elle a donné du sens à ce qui attirait si paisiblement et assurément son attention.

Lu avec Martin*, 10 mois, tiens ! a encore tenu ses promesses. Assis sur un coussin et calé contre maman, ce petit garçon a lui aussi observé avec une grande attention les photographies, tout au long du livre. Il a répété "Tiens" à plusieurs reprises.

Lorsque j'ai lu tiens ! avec Mathieu*, 3 ans, il était installé sur le tapis, sa maman et son papa installés un peu plus loin. Pendant toute la lecture il a eu les yeux fixés sur les pages, faisant des allers-retours entre chaque double page, avec un air d'extrême concentration, les sourcils froncés. Sans un mot, du début à la fin, son regard a scruté les images. Nous avons discuté avec sa maman à la fin de la séance, et elle m'a raconté qu'à la crèche le personnel lui racontait que Mathieu* était un enfant très réservé, et qu'elle ne le connaissait pas ainsi en famille. Elle était contente d'avoir pu, à cette occasion, faire un lien avec ces retours et observer la concentration de son enfant. 
 

Des photographies pour les bébés !

 

Lors d'un atelier j'ai proposé la lecture de tiens ! à un papa et à son fils de 2 ans. Le papa m'a alors dit s'être justement interrogé sur les livres de photographies pour les enfants, s'étant demandé si cela existait. Nous avons échangé autour de cette question, car en effet, les illustrations photographiques sont très minoritaires dans la production éditoriale jeunesse. Comme pour une illustration dessinée, la richesse réside dans les propositions faites aux enfants, la qualité graphique des images, les liens proposées entre double page et avec la succession de celles-ci, dans le rapport entre le texte et les images, afin de proposer à chacun de se saisir en liberté et de façon singulière, de la voix et de la vision d'un artiste. Alors oui, proposons des livres de photos aux bébés, de beaux et bons livres !
 
 

 
*tous les prénoms des enfants ont été changés.

mardi 20 juillet 2021

Lectures en herbe - Ateliers de lectures partagées de juillet à septembre 2021 sur Narbonne

Dans le cadre d'un appel à projet, auquel la coopérative d'entrepreneuses et entrepreneurs à laquelle je suis rattachée a répondu, je propose des ateliers sans engagement financier pour les structures partenaires et bien sûr toujours en proposition gratuite pour les familles, de juillet à septembre 2021. 

Cette action, nommée Lectures en herbe, va à la rencontre des familles, ou des accompagnants de tout-petits, dans différents endroits de Narbonne, en plus des ateliers déjà programmés. 

Les ateliers se programment peu à peu, et j'espère que de nouveaux lieux et et partenaires continueront à profiter de cette opportunité pour tenter l'expérience !

Vous pouvez retrouver les ateliers de lectures partagées dans le cadre des Lectures en herbe :


 

 Au centre Social et Culturel Nelson Mandela

4 Promenade Émilie Palomo- 11100 Narbonne

Tous les lundis de 10h à 12h à partir du 19 juillet jusqu'au 27 septembre (excepté le 16 août)

Entrée et sortie libre. Sur inscription au 04.68.41.77.26

Informations sur les activités du Centre :  agenda

 


Au Forum

Dans le cadre du Forum est dans la place !

Place du Forum- 11100 Narbonne

Tous les mardis de 17h30 à 19h jusqu'au 31 août

Sans inscription.

Informations sur les activités du Forum : agenda

 

 

Au café Kornigan

Place des Quatre Fontaines

11100 Narbonne

Les jeudis 2, 9, 16, 23 septembre et le mardi 28 septembre de 10h à 12h

Entrée et sortie libre. Sans inscription.

Découvrir le Kornigan : https://www.kornigan.fr/

 


 

Au centre social de l'A.M.I.

45 rue de Provence - 11100 Narbonne

les vendredis 17 et 24 septembre - horaires et modalités à déterminer

Découvrir l'A.M.I. : https://www.ami-aude.com/ 

 

A bientôt sur les tapis pour de beaux moments de lectures partagées !

vendredi 16 juillet 2021

De bibliothécaire à lectrice, une démarche en construction (article modifié le 16 juillet 2021)


 



Au cours de mon expérience de 10 années dans les bibliothèques jeunesse parisiennes, je me suis beaucoup investie dans l'accueil et les animations pour les enfants de tous âges, et particulièrement  dans toutes les actions en direction de la petite enfance.

Peu à peu, ce territoire mystérieux de la lecture aux tout-petits (celui d'avant le langage verbal connu de l'adulte, celui du corps et du babil, et puis celui de son apparition progressive) m'a ouvert ses portes, grâce aux échanges réguliers et à la construction de projets avec les professionnels : mes collègues bibliothécaires, les personnels de structures petite enfance, les membres d'associations engagés et les lectrices et lecteurs pour les tout-petits.

J'ai tellement appris aussi des échanges avec les parents, en écoutant leurs attentes, leurs questions, autour de la question de la lecture. Dans la bibliothèque elle-même, pour ceux qui la fréquentaient déjà, dans les crèches et lors des bibliothèques hors les murs à la rencontre de ceux qui peut-être ne la connaissaient pas encore ou n'osaient y entrer avec leur tout-petit.

Certains s'imaginent que leur enfant est trop petit pour la fréquentation des livres, pensant qu'il est trop petit pour comprendre, par crainte que les livres ne soient abimés par une manipulation au début évidemment maladroite, mais qui s'accompagne, se découvre, se partage, ou que cela ne l'intéresse pas. Pensant souvent que le temps du livre commence avec le temps de l'école.

J'ai beaucoup appris des adultes, et tellement des enfants eux-mêmes. Séances de lecture lors d'accueil de crèches, d'assistants maternels et d'auxiliaires parentaux, lors d'observatoires menés en partenariat avec A.C.C.E.S, en crèches et dans les squares ; à chaque fois, la richesse de leurs réactions, leur écoute, passant par le regard, les gestes, puis leurs jeux, et leurs mots parfois, me parlaient de ce moment partagé, invitaient à la reconnaissance de leur individualité et au dialogue autour de cet objet auquel je prêtais ma voix, le livre.

Les questions et doutes des parents autour du livre dès le plus jeunes âge, ce sont si souvent les enfants qui peuvent y donner réponse, si on leur en donne l'occasion et que l'on invite avec délicatesse et sans jugement à l'observation. Dans le temps partagé de la lecture, dans le moment vécu, autour du livre. Et qui peuvent parfois, dans l'expérience, s'écrier surpris et ravis à la fois : "on dirait que ça lui plaît !"

Ajout du 16 juillet 2021 :

Peu à peu, au cours des rencontres et échanges multiples depuis ma nouvelle activité, s'est précisée ma démarche. Mes études de psychologie me nourrissaient déjà pendant mon expérience de bibliothécaire. Tout ce que j'ai appris autour de la littérature et des pratiques de lecture pour les tout-petits enrichissaient mes connaissances et mon intérêt pour les questions de développement, de santé psychique, mes réflexions sur les besoins fondamentaux des êtres humains pour bien grandir.

Grâce aux échanges avec l'Agence Quand les livres relient, avec les autres lectrices et lecteurs, avec les professionnels de la parentalité rencontrés sur Narbonne (psychologue, pédopsychiatre, référent.e.s familles, travailleuses et travailleurs sociaux,) j'ai pu formuler que ma démarche touche aux questions de la santé relationnelle par la culture, par la richesse de la littérature jeunesse. Que mes ateliers proposent modestement de nourrir, sur un moment de lectures partagées, le lien parent-enfant, pour le bien-être de chacun, pour la qualité de la relation. Lectures individuelles dans le groupe, moment d'échanges autour des livres ou de la parentalité en fonction des envies des parents, attention portée aux expressions et aux mouvements de l'enfant pendant les lectures, moment de répit proposé au parent, mais de répit partagé avec son enfant en se plongeant dans les histoires. 

A la fin d'un atelier, pendant un échange sur la séance qui venait de se dérouler, une maman m'a dit : "mais en fait il s'agit d'autre chose qu'uniquement de lecture dans ces ateliers." Voilà.

jeudi 15 juillet 2021

Edito de la lettre de l'Agence Quand les livres relient - été 2021

 

 

 

La lecture déclarée grande cause nationale ! Tant mieux !
 

« Tous nous nous lisons nous-mêmes et lisons le monde qui nous entoure afin d’apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre ou pour commencer à comprendre. Nous ne pouvons que lire. Lire presque autant que respirer est notre fonction essentielle. »
Alberto Manguel, Une histoire de la lecture, Actes Sud, 1998, p. 20, traduction de l’anglais Christine Le Bœuf



Le 17 juin 2021, le président de la République Emmanuel Macron a déclaré la lecture grande cause nationale avec le projet de valoriser « la lecture comme facteur d’inclusion sociale » jusqu’à l’été 2022.

« Lire, presque autant que respirer est notre fonction essentielle », écrit Alberto Manguel. Cet écrivain, essayiste, traducteur énonce que la lecture est « une fonction qui nous est commune à tous » et que « lire des lettres sur une page n’est qu’un de ses nombreux atours. » Durant une demi-page, Alberto Manguel cite des exemples : « L’astronome qui lit une carte d’étoiles disparues ; l’architecte japonais qui lit le terrain sur lequel on doit construire une maison afin de la protéger des forces maudites ; le zoologue qui lit les déjections des animaux dans la forêt ; […] les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d’étonnement, le devin chinois qui lit des marques antiques sur une carapace de tortue, l’amant qui lit à l’aveuglette le corps aimé, la nuit, sous les draps ; […] le fermier qui lit dans le ciel le temps qu’il va faire… » Et de conclure : « Tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. »

Cette lecture est un art. Un art qui demande attention, concentration, engagement, créativité, hypothèses, observations, interrogations. Cet art de lire concerne tous les arts. Il est actif dès notre naissance.

Nous lisons avec des tout-petits de moins de trois ans et des familles depuis presque 40 ans. N’importe où ! N’importe quand ! Nous lisons des albums, ces livres où des artistes racontent des histoires avec des mots, des images, des onomatopées, des mises en pages, des choix de typographies, des formats…  Nous y lisons des histoires de vie, de mort, d’amour, de contradictions, de joies, d’ambivalence, de surprises, de secrets, de poissons, d’ours…  Si un tout-petit rencontre dès sa naissance des albums et des lecteurs d’albums, il cultive son talent de lecteur et développe son art de déchiffrer et de traduire des signes. C’est le meilleur chemin pour qu’un jour il devienne lecteur de livres.

« Mettre la lecture au cœur de la vie de tous les Français... Les plus jeunes... Les plus éloignés... » est un magnifique projet que nous vivons ici et là.  Nous le vivons quand nous lisons à voix haute avec les jeunes enfants, leurs parents, leurs accompagnants, et aussi avec des adolescents, des adultes et des personnes âgées ! Nous savons bien quelle exigence littéraire sous-tend ces actions, tout comme le respect de celles et ceux avec qui nous lisons : les petites personnes et les grandes personnes, toutes aptes à penser et à rencontrer des œuvres.

La condition nécessaire est de ne rien brusquer. De ne rien expliquer. De ne rien mesurer. Dans son ouvrage intitulé Les Outils, Leslie Kaplan écrit : « On pense avec des livres, des films, des tableaux, des musiques, on pense ce qui nous arrive, ce qui se passe, l’Histoire et son histoire, le monde et la vie. Cet « avec » signe une forme particulière de pensée qui tient compte de la rencontre, d’une rencontre entre un sujet et une œuvre, à un moment donné de la vie de ce sujet et de cette œuvre. »

Nous ne savons pas encore la forme que prendra notre engagement dans cette noble cause nationale, mais nous savons déjà que nous le ferons ensemble, collectivement, avec les adhérents de l’Agence quand les livres relient et avec d’autres ! Nous qui réfléchissons et agissons depuis de nombreuses années pour donner la possibilité à tous – adultes, adolescents, enfants, y compris les bébés – d’accéder à la richesse littéraire.

Nous nous réjouissons que la grande cause nationale ouvre des espaces radiophoniques et télévisuels qui montreront à tous les bienfaits des actions de terrain réalisées dans l’ombre avec rigueur, exigence et légèreté.

Le Bureau de l’Agence quand les livres relient, le 06 juillet 2021

mardi 13 juillet 2021

Ateliers de lectures partagées semaine du 12 juillet 2021

Ateliers de lectures partagées place du Forum à Narbonne

Ce mardi 13 juillet les ateliers de lectures partagées Lire avec Nos Tout-petits s'installent place du Forum, et rejoignent les propositions des ateliers de rues de la Maison des Potes. Peut-être un futur rendez-vous régulier pour les familles avec un tout-petit de 0 à 3 ans pour cet été ?

- mardi 13 juillet - place du Forum en partenariat avec la Maison des potes de 17h30 à 19h00

 

 Et toujours à Montolieu, Village du livre dans la Montagne noire :

Dans le cadre du festival Partir en livre dans la Montagne noire (retrouvez le programme !) en partenariat avec la librairie Contes et gribouilles.

Vendredi 16 juillet : de 16h à 19h00 - Place de l'Espérou

Samedi 17 juillet : de 16h à 19h00 - Place de l'Espérou


lundi 12 juillet 2021

Quelques nouveautés pour les bébés !

De retour de Montolieu, je rapporte à Narbonne, dans ma valise, quelques nouveautés pour les bébés et les parents. Notre rencontre, avec Marie Chevalier Chambel, libraire de Contes et Gribouilles à Montolieu, nourrit nos recherches et réflexions réciproques sur les livres qui proposent, dès le plus jeune âge, dès les premiers mois, une belle expérience partagée entre parents et bébé. Chacune dans nos espaces et nos dynamiques, nous partageons cette conviction que les livres, c'est bon pour les bébés !

Et il y a des merveilles à découvrir ! Prenant en compte le développement du petit humain, son appétit pour l'échange et une curiosité immense pour découvrir le monde qui l'entoure, dès sa naissance, son besoin essentiel de partage dans un lien de qualité, auteurs et éditeurs engagés proposent de petits bijoux de la littérature jeunesse, qui nous parlent à tous. Adultes et bébés, parents et enfants, tous nous sommes invités à nous plonger dans une expérience riche en émotions, et nous sommes invités à le partager en famille.

Grands livres, ou tout petits livres, en couleurs, en noir et blanc, tout en photographies, ou en aplat de couleurs, en papiers découpés, ou en carton ; dès que nous les ouvrons, nous entrons dans une nouvelle aventure. Pour nous adultes pour nous retrouver enfants, libres de nous émerveiller à nouveau. Et à répéter encore et encore, pour le plus grand plaisir des bébés. 

Je prendrai le temps de présenter plus en détail ces auteurs et éditeurs engagés, sur des billets à venir, mais pour aujourd'hui, les voici :

dimanche 11 juillet 2021

Partir en livre avec Nos Tout-petits dans la Montagne noire

Lire avec nos Tout-petits à Montolieu tous les vendredis et samedis de juillet 2021

Grâce au réseau de l'Agence Quand les livres relient, qui fédère sur le territoire une multitude d'initiatives engagées pour promouvoir la lecture partagée, j'ai rencontré une libraire audoise très dynamique, Marie Chevalier Chambel. Sa librairie, Contes et Gribouilles, se situe dans le beau village de Montolieu, appelé le Village du livre. Bouquinistes, libraires, ateliers d'artisans du livre et Musée des Arts et Métiers du livre : ce village propose un voyage dans l'univers de la littérature, du récit et des arts au cœur de la Montagne noire. Et Marie et sa librairie y proposent une sélection d'une grande qualité de livres neufs, pour les enfants de 0 à 99 ans.

Depuis 2016 la libraire Contes et Gribouilles participe à la fête nationale du livre pour la jeunesse, Partir en livre, qui a lieu les premières semaines de juillet. Dans ce cadre elle propose des balades racontées animées par des conteurs, des expositions, des ateliers, et invite à rencontrer auteurs,  illustrateurs et artistes.

 


L'artiste Anne Sarda a décoré le village autour de la thématique de la Mer et de ses merveilles, thème du festival cette année, Grégoire Albisetti et David Tormena emportent les enfants et les parents dans leurs histoires et content devant la librairie, près du kiosque à histoires, ou suivant les chemins du village, Nathalie Louveau propose des ateliers autour de son carnet de voyage dans l'Aude, ode à notre beau et si riche département.



 



Pour l'édition 2021 j'ai le plaisir de pouvoir proposer les ateliers de lectures partagées avec les tout-petits de 0 à 3 sur la place de l'Espérou, avec son incroyable point de vue sur la nature environnante. 

Tous les vendredis et samedis entre 16h et 19h, j'accueille les parents et leurs bébés sur les tapis, les coussins, pour lire et se faire lire des histoires choisies avec soin. Depuis le vendredi 2 juillet je lis et chante avec les parents et les tout-petits, en toute liberté de choix, de propositions de lectures, dans l'écoute du rythme et du besoin des mouvements des petits, et dans le choix d'arrivée et de départ. Chacun s'approprie ce temps proposé pour le plus grand bonheur de tous.


 

Retrouvez ici le programme, et venez nous retrouver pour larguer les amarres et plonger dans les histoires jusqu'au 25 juillet !

lundi 28 juin 2021

Programme des ateliers de lectures partagées sur Narbonne de juin à décembre

Voici enfin le programme des ateliers au centre social et culturel Nelson Mandela, ainsi qu'à la Maison de la Prévention Santé.

(Et de nouveaux ateliers seront programmés de juillet à septembre, dans le cadre d'une action "Lectures en herbe", qui ira à la rencontre des familles de Narbonne, sur les quartiers de Bourg, Razimbaud et Saint-Jean Saint-Pierre. Programme à venir !)

 


Premiers ateliers : faire connaissance !

 Les ateliers ont enfin pu démarrer à la Maison de la Prévention Santé, et reprendre au centre social Nelson Mandela. Encore une fois j'ai pu observer le besoin des tout-petits en âge de se déplacer de s'approprier l'espace, l'activité proposée, et de faire, à leur rythme, connaissance avec la nouvelle personne rencontrée qui se propose de leur lire des livres, avant de se plonger dans les lectures. Que d'éléments à découvrir !

La petite W., au centre social, 1 an et demi, s'est ainsi beaucoup déplacée pendant la première séance, allant voir les recoins de la pièce, touchant les objets accrochés au mur, allant à la fenêtre, faisant des allers-retours réguliers entre les livres et son exploration de l'espace autour. Elle choisissait des livres, me les tendait, puis repartait pendant la lecture. A la fin de la séance, lors de la lecture du dernier album, elle a mis en place un petit jeu. Elle est venu à 4 reprises me prendre le livre des mains, et avec le livre passait derrière moi puis passait derrière sa maman avant de venir me le redonner. Je reprenais la lecture, et elle recommençait. J'ai vu dans ce joli jeu une façon de nous inclure tous les quatre dans ce moment, elle-même, sa mère, le livre et moi. Et ainsi s'y inscrire.

Lors de son arrivée à la Maison de la Prévention Santé, le petit I., 2 ans, s'est emparé de façon très tonique de l'espace et des propositions. Il n'est pas resté longtemps, et nous n'avons pas lu d'histoire, mais il a ouvert les tiroirs autour de l'espace de lecture, a saisi des prospectus à disposition, et s'est mis à déplacer des livres, de façon très organisée. Il prenait les livres posés au sol, et les disposait un peu plus loin, reprenant les codes de la présentation de départ : livres posés debout, appuyés contre un meuble, couverture de face. Il a ensuite tiré au sol le livre Couleurs du jour de Pacovska, qui était déplié en accordéon. Les propositions implicites de manipulation posées par la disposition des livres ont été testées, manipulées.

 


 L., 2 ans, a pris son temps en restant près de sa grand-mère pendant notre première rencontre, et en lui tendant les livres lorsqu'elle en a choisis. Lors du deuxième rendez-vous, elle me tendait les livres les uns après les autres, et les refermait avant d'en terminer la lecture. Loin d'y voir un manque d'attention ou d'intérêt, j'y ai vu une question répétée sur mon rôle, mon activité. Oui, après vérification, je suis bien là pour lire des histoires, à la demande, à ton rythme !

H., 3 ans, a pris tout d'abord le temps d'écouter les histoires sur les genoux de sa maman. Celle-ci lui a proposé ensuite de lire les livres lui-même, de nous les raconter, ce qu'il a fait avec plaisir, choisissant puis nous racontant ce qu'il voyait sur les images, toujours depuis les genoux de sa maman. Et puis lors de la dernière lecture, il s'est levé et approché du livre qu'il avait choisi que je lui lise. Il a touché le livre, et répétait le texte que je lisais, tout en regardant alternativement le livre, puis moi. 

 


 

Tous ces mouvements et déplacements, ce temps nécessaire avant de se poser pour les lectures (surtout lors des premières séances) sont très significatifs de l'appropriation progressive des enfants de l'espace, des propositions, et de la prise de connaissance avec les nouvelles personnes. Avant de se plonger en confiance dans les livres, ils explorent, interrogent par leur comportement ce et ceux qui les entourent.

Là où l'adulte perçoit une difficulté à se poser, un manque d'écoute, un désintérêt pour l'activité proposée, se joue très souvent une activité très construite, représentative de notre façon d'apprendre, à nous les petits humains. Parfois le parent se sent gêné par ce comportement, gêné par le regard des autres adultes et la peur d'être jugé. Inviter les parents à observer ces moments, à les comprendre, pour nourrir l'échange et le lien avec leur tout-petit, est un des éléments-clés des ateliers. Et le livre est un média merveilleux pour tisser ces liens d'écoute et d'échange, car lorsqu'enfin on s'y plonge, après avoir pris son temps et ses repères, l'imaginaire de chacun peut aller à la rencontre de celui de l'autre. Petit à petit, aventures à suivre !

lundi 10 mai 2021

Développement de l'enfant et port du masque, une problématique de santé publique

 


Les conséquences de la pandémie sur le développement des tout-petits pose question, et même si le long terme est encore inconnu, des observations commencent à être faites dans les structures d'accueil, notamment sur les effets actuels pour les enfants du port du masque sur leurs interactions avec les adultes. Le tout-petit se construisant dans la relation, dans l'échange et dans l'observation, l'effacement du visage de l'adulte est une vraie problématique de société et de santé publique.

A écouter en podcast sur France Culture : Avoir 1 an en 2021

L'écoute de cette émission, et notamment le récit fait par une professionnelle de la petite enfance des réactions des enfants face au masque inclusif, m'a rappelé une observation faite pendant une séance de lecture au Café Mille pastelles de Narbonne (récit de la séance et des observations à retrouver ici) : je portais un masque transparent dès l'accueil des enfants et des parents, et ce jusqu'à se dire au revoir après les lectures. Un petit garçon de 2 ans environs, alors je me mettais à sa hauteur pour l'accueillir et me présenter, se mit à fixer ma bouche à travers le masque, le visage concentré, et puis se mit à rire. J'observais cet enchaînement à plusieurs reprises, tout au long de la séance.

Une enquête avait été lancée en décembre 2020 par le site Les pros de la petite enfance, et un questionnaire proposé aux professionnels et élaboré par Anna Tcherkassof, chercheure en psychologie sociale sur la communication émotionnelle non verbale, au laboratoire LIP/PC2S de l’université Grenoble- Alpes, Monique Busquet, psychomotricienne – formatrice et Marie Hélène Hurtig puéricultrice – formatrice, Marie Paule Thollon Behar, psychologue et docteur en psychologie du développement. Cette enquête et toutes les problématiques qu'elle soulève sont à retrouver sur le site.